L’Est républicain – LE FORGERON DU XXIE SIÈCLE

L’Est Républicain 25 7 2015 – Lire l’article
Lure. « On sème l’innovation mais on ne récolte pas. C’est aux gens à faire leur jardin », imagent Norbert Romand et Emma. Lui est plasticien. Elle, sculpteur. Ensemble, ils sont aussi « Les montreurs passeurs » une association née à Quers en Haute-Saône, en 2011, pour « faire comprendre l’intérêt du numérique dans la vie de tous les jours ».
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Pour eux pas de doute, la révolution numérique est en marche. Elle est même en train de se structurer. À Dole, début juillet, « on a mis en place une grande association qui rayonne sur la région Bourgogne Franche-Comté ». IKi Share, c’est son nom met en réseau, les « fab labs ». Autrement dit, des ateliers qui permettent de fabriquer tout ou presque, à partir d’imprimante 3D. « Il y a plus de 30 sites. Ouverts ou en gestation », précise Norbert Romand.

Dans l’atelier d’Emma, une de ces imprimantes 3D est installée. Elle est reliée à une découpeuse laser numérique et à une machine à broder, tout aussi numérique. Emma montre des engrenages en bois, en plastique réalisés via ces outils. De la signalétique en Plexiglas® et des jouets personnalisés ont également été imaginés et conçus ici.
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Les usages potentiels sont infinis
L’imprimante réalise aussi seule des pièces. Elle absorbe et chauffe du fil de maïs (N.D.L.R : du PLA) qui refroidi donne l’impression d’avoir en main une pièce en plastique dur. « Cela permet de lutter contre l’obsolescence programmée », évoque Emma. Refaire un joystick, une pièce de vieux tracteur introuvable, c’est possible. Et les usages potentiels sont infinis.

Norbert évoque un autre exemple très actuel. L’idée imaginée par un chirurgien qui afin de préparer une opération d’un maxillaire. Dans ce cas précis et à partir d’un scanner de son patient, il a reproduit ce maxillaire. « Afin de mettre au point les gestes opératoires, avant l’intervention… », décode l’expert en technologies numériques. Elle évoque dans la foulée la réalisation de prothèses dans les régions du monde où les mines antipersonnel estropient des civils. « Avec un fab lab, on les fabrique sur place à 30 ou 40 dollars pièce. C’est émouvant ! », commente Emma, qui appuie sur le lien social que le numérique utilisé de la sorte peut créer, via ces ateliers qui voient le jour partout.

« Ce qui est passionnant, c’est ce côté humain »
« Ce qui est passionnant, c’est ce côté humain. Pas les machines », nuance-t-elle. Parce que les fab lab sont avant tout des lieux de partage. Dans le même esprit que Wikipédia. « Une pièce fabriquée en fab lab va appartenir au monde entier. Elle peut être améliorée et ce savoir est partagé », décode Norbert.

De plus en plus de collectivités s’intéressent à cette approche. Parce que ces ateliers peuvent aussi devenir des lieux de formation ou d’insertion. « A Biarne (Jura) où s’est monté le premier fab lab rural de France, plusieurs start-up se sont montées. Cela crée de la richesse pour un territoire. Les élus y sont de plus en plus sensibles », estime Norbert.

Pas anodin si ce réseau pour la future région a vu le jour dans ce département. Pascal Minguet, qui a créé cet atelier de Biarne, en 2012 est souvent mis en exergue par ses amis de Quers. « Il dit qu’il veut recréer l’atelier du forgeron », cite Norbert.

Contact : montreurspasseurs@gmail.com ou norbert.romand@iki-share.org
Olivier BOURAS

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